et vos émotions de parents, qu'en faire ?

Dans un premier article, je vous ai parlé de la façon d’accueillir les sentiments désagréables de vos enfants… Et vos sentiments à vous, que devez vous en faire ? Une bonne mère, un bon père, devrait-il être toujours ZEN ? La mesure d’un bon parent se fait-elle à l’aune de sa capacité à encaisser sans broncher les paroles, les bêtises, les disputes… de ses enfants ? A  l’inverse, sous couvert d’authenticité, un parent peut il exploser et « pêter les plombs » devant ses enfants ? N’y aurait-il pas une « juste mesure » à atteindre, comme dans toutes choses ?

« Tous les sentiments sont légitimes, tous les comportements ne sont pas acceptables » H. Ginott

Cette phrase, vraie pour les enfants  (ils ont le droit de ne pas aimer leur petit frère, en revanche ils n’ont pas le droit de le taper…) l’est également pour les parents : OUI, un parent a le droit d’être fatigué, en colère, déçu, frustré… Tout comme il a le droit d’être joyeux, calme, apaisé… Et ce d’autant plus que les émotions ne sont pas des choses que l’on décide ; il est bien rare de dire « tiens, j’ai un quart d’heure à occuper… si j’en profitais pour avoir peur ! »… il y a un stimulus externe ou interne (quelqu’un fait ou dit quelque chose, un événement arrive, un souvenir, une pensée nous assaille) et cela provoque une émotion : une énergie qui vient de nous et qui doit s’extérioriser ; elle passe par le corps (on a la gorge serrée, le cœur qui bat la chamade  ou les poils qui se dressent… (certes ça ne se voit pas beaucoup)… et elle y reste si on ne trouve aucun moyen de l’exprimer… et même pire ! Il faut déployer autant d’énergie pour empêcher l’émotion de sortir… que celle qu’elle émet « naturellement » : donc une double dépense d’énergie, qui se termine… par un refoulement. Or toutes les émotions refoulées et non « traitées » finissent un jour par ressortir… sous une autre forme : maladie auto-immune, stress, déprime ou dépression… D’où l’importance d’apprendre à gérer ses émotions !

Etre en colère, est-ce grave ?

Non ce n’est pas grave, puisque c’est naturel !

Toute émotion est neutre moralement : une colère n’est pas mauvaise, mais la violence qui peut l’accompagner peut le devenir. Une grande joie peut devenir envahissante pour l’autre, si elle me fait me vanter en permanence…  donc comme toujours, tout est affaire de mesure !

Quand on vit une émotion, outre la sensation physique, une pensée arrive presqu’en même temps. Cette pensée est souvent une « pensée automatique » : non issue de l’intelligence, elle est généralement dichotomique « tout est parfait ou tout est nul », sous forme de généralisation (toujours, jamais…) et elle peut être accompagnée de gros mots que nous n’oserions même pas dire…  bref, elle n’est pas toujours très sensée ! Cette émotion, associée à la sensation corporelle et à la pensée « automatique » amènent la personne qui la vit à avoir une réaction : crier,  taper, insulter l’autre… On peut partir et tout laisser en plan, se figer… Mais tout cela n’est pas très constructif !

Alors que faire avec mes émotions ?

Lorsqu’une émotion se manifeste – et afin d’éviter qu’elle soit refoulée dans l’inconscient ou qu’au contraire elle fasse faire ou dire des choses regrettables- il va falloir apprendre à l’intégrer.

Le processus se fait en plusieurs étapes :

Dans un 1er temps, je vais prendre conscience : que se passe-t-il dans mon corps ? ma colère me donne-t-elle mal au ventre ou est-ce ma gorge qui trinque ? Ensuite, je vais la  nommer … Et pour cela notre  vocabulaire est assez pauvre : en dehors de « en colère, triste, apeuré… », on utilise peu de nuances. En voici une liste non exhaustive, dans laquelle vous pouvez piocher  : à bout, abasourdi, affligé, agacé, anxieux, blessé, chagriné, contrarié, crispé, débordé, déconcerté,  découragé, démuni, désolé, déstabilisé, embarrassé, ému, excédé, fâché, fragile, frustré, hésitant, horripilé, impuissant, intrigué, las, résigné, méfiant, navré,  perplexe, préoccupé, remonté, sceptique, seul, sidéré, soucieux, tourmenté, transi, troublé, vidé…  Je n’ai mis que des mots d’émotions désagréables, pour les agréables, on est plus armés. Une fois mon émotion nommée, je vais accepter de la vivre… puisque je n’ai pas le choix (mais cela évite le refoulement). Puis je peux commencer à l’analyser : pourquoi suis-je dans cet état ? Qu’est ce qui me manque pour aller bien ? De quoi ai-je besoin. Cela me permet de poser un acte, qui, cette fois-ci, est pensé !

Si je réussis à faire tout cela, je pourrai donc formuler mon émotion de la manière suivante… C’est ce qu’on appelle la CNV (ou Communication Non Violente) :

  • Je décris les faits…
    • Quand je vois… quand j’entends….
  • J’exprime mon émotion…    et mon besoin…
    • Je me sens…….
  • Parce que j’aurais besoin de….
  • Quelle demande pourrais-je faire ?
    • Acceptes-tu …

Pourrais-tu….     Tout en acceptant que l’autre puisse refuser ! Sinon je suis dans l’imposition ou dans la manipulation !

Oui  mais dans l’instant, je fais quoi ?

Cela peut sembler compliqué… et pourtant c’est la façon la plus efficace d’intégrer ses émotions pour en faire des alliées.

Que puis je faire d’autre ?

1er outil : ultra efficace et facile à mettre en œuvre : RES-PI-RER… avec le ventre  : j’expire lentement en sentant mon ventre se vider… et rentrer (et oui ! c’est dans ce sens que la respiration doit se faire….). Puis je laisse l’inspiration se faire… qui va venir gonfler mon ventre (et non l’inverse). et je recommence….  Dès la première respiration, je bloque la création de cortisol.. hormone du stress. Et si je peux continuer quelques minutes, je vais développer l’arrivée de dopamine… hormone du bien être !

2ème outil : trouver, parmi mes 5 sens, celui qui m’apaise le plus ; Avec la méthode Vittoz (dont je suis thérapeute), on appelle cela « faire un STOP Vittoz » ; avant d’être en situation de stress , je vais apprendre à écouter les sons SANS JUGEMENT, les définir tels qu’ils sont : graves, aigus, lointains ou proches, forts ou doux, rythmés ou non…. A laisser venir à mes yeux ce qui se présente devant moi… toujours sans jugement, dans l’accueil de ce qui est. Idem avec le toucher, le goût et l’odorat. Quand j’apprends à faire cela, je mets mon cerveau « préfrontal » au repos… et je retrouve tout de suite une grande sérénité.  M’étant exercé hors situation de stress, je pourrai retrouver plus facilement ces sensations quand je vis un stress ou une émotion forte. C’est très efficace ! Et plus facile à apprendre avec un thérapeute formé à cette méthode.

Autre solution : multiplier les activités sportives ! Ou réfléchir à tout ce qui vous aide à aller mieux : pour certains, ce sera aller pousser un grand cri dehors, pour d’autres mettre la musique à fond… Et dans tous les cas, partir, sortir de la pièce permet souvent de désamorcer les conflits afin de reprendre pied et de revenir calmé !

Et si ce n’est pas suffisant ? je peux choisir de me faire aider par un professionnel (coach, thérapeute, sophrologue….)