mon enfant est triste, en colère... que dire, que faire ?

« mais non, tu n’as pas mal ! » « garde ton pull, il fait froid ! » « les grands garçons ne pleurent pas voyons… » « bien sur que si que tu aimes ton frère » ou encore « ça ne va pas de te mettre en colère comme ça ? File dans ta chambre ! ». Que celle qui n’a jamais prononcé l’une de ces paroles me jette la première pierre… Ces paroles sont si naturelles, si ancrées dans notre éducation… qu’il est difficile d’en changer….

Et pourtant… que sous-entendent –elles ? Lorsque l’on dit ces paroles à son enfant, le message sous-jacent est : « mais NON, tu ne sais pas ce que tu sais, tu ne sais pas ce que tu ressens… mais moi je le sais bien pour toi ! ». Et des enfants élevés avec ce type de message récurrent, pensez-vous vraiment qu’ils auront des facilités à avoir confiance en eux ?

Alors que dire quand mon enfant tombe de vélo… revient avec une mauvaise note… est en colère, stressé ou apeuré ?

Chuuuuttt… je me tais, et j’écoute !

C’est à la fois très simple et… très compliqué à mettre en œuvre : en effet… il ne faut RIEN dire, RIEN faire… mais il faut ECOUTER son enfant. Car ce dont l’enfant a besoin au moment où il vit son émotion, c’est d’être entendu… afin de s’en décharger. D’ailleurs, avez-vous remarqué que lorsque vous dîtes « mais non, tu n’as pas mal ! » ou « mais si tu aimes ton frère… » cela a souvent tendance à envenimer les choses…. C’est bien la preuve que ce n’est pas une méthode efficace… sinon vos enfants repartiraient en pleine forme, non ?

Je le regarde avec amour :

Mais ne rien dire ne veut pas dire ne rien faire : lorsque votre enfant vous fait part de son émotion, et quelle que soit celle-ci, il convient d’arrêter ce que vous êtes en train de faire… de vous tourner vers votre enfant, et de le regarder dans les yeux : plus rien d’autre ne doit alors compter que votre enfant qui vous parle…même votre portable qui sonne à ce moment là ne doit pas être décroché ! Vous pourrez aussi faire quelques hochements de tête, dire des onomatopées du style « ah ? hmmmm… oui ? vraiment ! ». Rien de plus ! Votre enfant se sentant entendu et non jugé pourra alors vous dire ce qu’il a à vous dire et ce qu’il a sur le coeur…  se libérer de son émotion… et trouver au fond de lui une solution pour repartir. Cela aura beaucoup plus d’impact si c’est lui qui décide de remonter sur son vélo dont il vient de tomber que si c’est vous qui le poussez à le faire.

Je m’initie à « l’écoute active » :

Ensuite… quand vous serez très fort dans l’art du silence et de l’onomatopée, vous pourrez tenter l’étape supplémentaire : nommer le sentiment de votre enfant : « et bien, tu as l’air furieux ! » ou « j’ai l’impression que tu es triste »… bien plus efficaces pour susciter la parole que « comment vas-tu ? ». Cette étape s’appelle « l’écoute active ». Elle n’est pas toujours naturelle, mais au combien efficace pour soigner les gros chagrins, les grandes peurs ou même les fortes colères.

Tous les sentiments sont légitimes… pas tous les comportements !

Mais ATTENTION ! Ce n’est pas parce que vous allez laisser votre enfant exprimer son émotion, qu’il va tout à coup avoir le droit de faire tout et n’importe quoi. Le Dr Haïm GINOTT, un grand psychologue aujourd’hui décédé, disait « tous les sentiments sont légitimes. Tous les comportements ne sont pas acceptables ! ». Oui, votre enfant a le droit d’être en colère parce que vous lui avez refusé une sortie ou parce que sa sœur « le cherche »… mais NON, il n’a pas pour autant le droit de frapper ou de vous insulter. Votre rôle sera alors de le lui rappeler et de lui montrer un moyen acceptable de vivre sa colère : « tu as le droit d’être en colère. Tu peux dire « je suis vraiment furieux ! ». Tu peux l’écrire ou même le crier… mais en revanche, les coups sont interdits. » Votre conviction dans votre façon de dire une phrase comme celle-là amènera l’effet escompté la plupart du temps. Si vous n’y croyez pas vous-même…. Votre enfant continuera son comportement inacceptable ! Et cela fonctionne pour tous les sentiments « tomber de vélo, ça peut faire mal ! Mais pour autant ce pauvre vélo ne mérite pas que tu le roues de coups de pieds. » ou « tu as le droit de ne pas aimer ton frère. Tu as même le droit de préférer avant sa naissance, quand tu étais seul avec nous. Mais les tapes  sont interdites. Tu peux aller crier dehors ou taper du pied… pas sur ton frère. » ou également « alors tu n’as pas froid, même s’il fait 0°… ? et bien tu es réchauffé ! mais il y a du vent et je m’attends à ce que tu mettes malgré tout ton manteau pour sortir. »

En conclusion…

Vous comprenez ? Faîtes la différence entre l’émotion, favorisez son expression, et le comportement : il y a toujours un moyen de pleurer sans ameuter tout le quartier, ou d’être en colère sans casser tous ses jouets ! Et n’oubliez pas, c’est la façon dont VOUS vivrez vos émotions qui sera le meilleur exemple à suivre par vos enfants !

Pour aller plus loin : il existe des formations à l’écoute active, d’autres plus générales sur « parler pour que les enfants écoutent, écouter pour qu’ils parlent ». N’hésitez pas à vous renseigner ! (cf. sur mon site ou sur le site de l’IEDH.fr)