que penser de Super-Nanny ?

La nouvelle « Super Nanny » est arrivée sur NT1 : Sylvie, aussi brune que Cathy était blonde, vient à l’aide des familles en difficulté.

Que valent les méthodes de cette Super Nanny ? Et que penser des familles qui font appel à elle ?

Indulgence pour les familles qui font appel à Super Nanny Il est facile de se moquer de ces familles : « tu as vu ces parents comme ils sont nuls ! C’est trop drôle ! ». « Et les enfants : ils sont vraiment mal élevés… les parents sont vraiment incompétents ! » Je ne suis pas d’accord. En effet, je trouve plutôt courageux de la part de parents d’accepter de montrer à toute la France leurs difficultés. Et puis, s’il est simple de critiquer devant sa télé, mais il peut être beaucoup plus difficile de réaliser ses erreurs lorsque nous sommes « pris dedans » !

L’espace nécessaire qui permet de prendre du recul est compliqué à mettre en place dans sa propre famille. De plus, ces familles sont en grande souffrance : alors que la vie de famille devrait être pleine de rires, de joie, de partages heureux, chez elles, c’est plutôt l’enfer.

Comment peut-on vivre sereinement lorsque vos enfants ne respectent rien, crient, se battent, vous insultent, ne vous obéissent pas et font la loi ? Chercher une solution pour retrouver le plaisir de vivre ensemble est une preuve de volonté pour faire changer les choses.

Les méthodes de Super Nanny : les « pour » : Restaurer l’autorité parentale

Sylvie Super Nanny 2014Je trouve qu’elle fait preuve d’une très bonne analyse: tout de suite, elle trouve les dysfonctionnements de la famille ; son analyse est juste et cohérente. De plus, son objectif de redonner l’autorité aux parents et de remettre les enfants à leur place d’enfants est tout à fait louable. Ce n’est pas aux enfants de faire la loi dans la famille ! Chacun sa place : les parents sont là pour faire preuve d’autorité bienveillante, dans le but d’élever (dans les 2 sens du terme, éduquer et tirer vers le haut) les enfants, c’est-à-dire leur apprendre les règles de vie (en famille, à l’école puis en société), à devenir autonomes et responsables de leurs actes mais aussi qu’il y a des conséquences lorsque l’on fait quelque chose de « mal ».

Elle a, à mon sens, raison sur le fait que pour faire preuve d’autorité, il faut utiliser un ton et une attitude adéquate : mon corps doit faire passer mon message, tout autant que mes mots, à condition de rester dans une fermeté bienveillante.

Les règles doivent être claires (et énoncées à deux : père et mère ensemble) et les enfants doivent les connaître : ses tableaux sont une bonne idée. Les règles sont ainsi expliquées et clairement annoncées. Les parents n’ont ainsi pas à se justifier de leur mise en place !

J’apprécie aussi qu’elle pousse les parents à passer des « bons moments » en famille : les souvenirs se construisent ainsi !

Les méthodes de Super Nanny : les «contre » Des méthodes qui n’encouragent pas l’autonomie de l’enfant

En revanche, je ne suis pas toujours d’accord avec ses méthodes d’intervention et son positionnement : par exemple quand elle dit « il n’est pas question de récompenser un enfant parce qu’il a eu un comportement normal», cela me met mal à l’aise. Ne pas donner de récompense : elle a raison ! Mais ne pas remarquer et féliciter un enfant qui s’est bien tenu ne l’incitera pas à recommencer !

Ou quand elle dit qu’un enfant n’obéit pas parce qu’on lui a trop laissé le choix : « tu préfères mettre ton pantalon bleu ou le rouge ? ». C’est contraire à toutes les règles menant à l’autonomie ! En ne laissant pas le choix à mon enfant, je lui apprends que ses désirs n’ont aucune valeur, qu’il n’est pas capable d’avoir du goût, qu’il n’est pas capable de choisir. Mon objectif ressemble plutôt à celui du Général qui doit faire avancer une armée de petits soldats…

Quel dommage d’imaginer la famille ainsi ! Et comment l’adolescent élevé dans une famille où on ne lui laisse pas de choix, fera-t-il pour choisir, dès la fin de la 3ème, son orientation, puis son métier ?

Des méthodes punitives contestables

Mais mon désaccord MAJEUR avec Super Nanny est l’utilisation qu’elle fait des punitions. Priver un enfant de son doudou, retirer tous ses jeux,  l’envoyer « réfléchir » dans sa chambre… Cela apprend quoi à l’enfant ? Que lorsque l’on est grand et fort, on peut utiliser n’importe quel moyen, y compris pas humain (enlever le doudou ou la lampe rassurante dans la chambre, c’est du chantage… alors que Super Nanny dit refuser cette forme d’autorité dans chacune de ses présentations) ?

Et si l’on punit un enfant dans sa chambre, celle-ci ne devient plus un endroit où l’on aime être, au contraire, la chambre est associée à « punition ». Pas étonnant que cela donne des problèmes de couchage au bout de quelques temps !

Et même les quelques psychologues favorables au « temps de calme » disent tous que celui-ci ne doit en AUCUN CAS excéder une minute par année d’âge de l’enfant.

Enfin, c’est présager que les enfants ont la réflexion des adultes. Aucun enfant ne pensera, une fois puni «ce que j’ai fait est mal… je ne dois pas recommencer ! ». Au contraire, ce qu’il va penser c’est « maman, papa est méchant… je ferais mieux d’obéir… mais si je peux, je me vengerai…et ne me ferai pas prendre ! » (apprentissage de l’obéissance, certes… ET du mensonge).

Mes recommandations

En revanche, si l’objectif est que l’enfant ne recommence pas, qu’il réalise que ce qu’il a fait est mal, alors il vaut mieux utiliser les conséquences. Pas toujours simples à mettre en place, celles-ci doivent respecter quelques règles :

– Y réfléchir, dans la mesure du possible AVANT : ainsi on peut donner la conséquence à l’enfant EN MEME TEMPS QUE LA REGLE. Il sait à quoi s’en tenir !

– La conséquence doit avoir un lien DIRECT avec le comportement. Elle peut être naturelle, logique, éducative ou créatrice.

– Elle doit être tenue : il vaut mieux une conséquence tenue une fois, que des punitions intenables ! Vous redonnez ainsi de la valeur à votre parole, c’est essentiel .

– L’attitude de fermeté, certes, mais aussi de bienveillance est essentielle : on ne punit pas pour se venger d’un enfant (demandez-vous, lorsque vous punissez, si ce n’est pas par esprit de vengeance ?) Mais on applique une conséquence pour lui apprendre une leçon de vie et pour l’aider à grandir.

Les punitions fonctionnent, certes, mais avec quels résultats ? Des enfants qui ont peur des parents, dont l’estime de soi est entachée. Cela ne tient pas dans la durée. Alors pour finir, laissons la parole au grand psychologue Haim Ginott : « ne soyez pas des parents, soyez des êtres humains qui êtes des parents ».