En effet, on peut continuer à rouspéter, chercher la « perle rare » . Et dans ce cas, je vous invite vraiment à penser « sénior » : une personne au chômage à 50 ans ou plus saura parfaitement répondre à vos attentes de fidélité, reconnaissance… et savoir-faire immédiat.

Mais on peut aussi se demander : « et s’ils avaient raison ? ». Et si nous, entrepreneurs et managers, nous écoutions ce qu’ils disent et en retirions du positif. On le sait, le monde change. Et celui de l’entreprise a été particulièrement bousculé par les confinements et couvre-feu qui ont demandé de la créativité pour se réinventer : télétravail, « pick and collect »…

Parce que – aussi – et il faut le rappeler, on apporte avec soi dans son entreprise les problèmes de la maison… et vice-versa. Je me rappelle quand moi-même je devais m’assurer que le DG n’était pas dans le coin pour appeler médecins, dentistes, orthophonistes et autres pro dont mes enfants avaient besoin. Ou bien quand le soir je me défaussais de « l’histoire du soir » parce que j’avais un dossier teeeelllllleeeeemmmmmeeeennnnnt important à rendre le lendemain.

Donc si on reprend les messages envoyés par ces jeunes et qu’on veut améliorer notre politique de ressources humaines, que pouvons-nous faire ?

  • Confier le « bébé » à des « chiefs hapiness officers » en espérant que ce sera suffisant. Ça peut l’être si l’embauche de ces nouveaux métiers n’est pas un prétexte pour ne rien changer… dans le fond
  • Entendre que pour fidéliser, il faut accepter l’infidélité : aux horaires, à notre seule entreprise, à un seul « job » à la fois, au respect de la hiérarchie. Accepter d’entendre les critiques, tester de nouvelles façons de faire. Et… conserver un cadre malgré tout qui sécurise. En gros l’entreprise pourrait passer du cadre rigide de l’autoritarisme à l’autorité bienveillante, ou certaines règles restent « non négociables » (ex : le télétravail à 100% c’est non et non négociable ) mais d’autres passent au « négociable ». Pas toutes, pas tout le temps, mais à vous de déterminer ce qui l’est : les horaires à négocier une fois par an… ou par mois. Le lieu de travail. La façon de rendre les rapports. Les rendez vous extérieur… 
  • Penser tant aux bénéfices clients qu’aux bénéfices salariés. Le manager peut devenir « coach », les réunions peuvent s’appuyer sur l’intelligence collective dans de nombreux domaines et non plus seulement sur l’information descendante.
  • Penser au sens. Penser à « sa raison d’être » d’entreprise. Tant du point du vue du client « je veux lui apporter une expérience incroyable, je veux qu’il soit si heureux qu’il fasse fonctionner le bouche à oreilles, je veux marquer écologiquement cette planète… » que du point de vue des salariés : « je veux les accompagner vers un avenir plus léger, je veux leur donner l’opportunité de quitter l’entreprise avec plein de projets qui impacteront le monde, je veux aider ceux qui le souhaitent à créer leur propre structure ou je veux diminuer la charge mentale des mamans en leur proposant un espace « repos / prise en charge des problèmes de la maison » ou une crèche d’entreprise, ou un abonnement de taxi pour rentrer le soir si la réunion déborde ou un chèque « baby sitter » et une liste de baby sitter pour qu’elle ne stresse pas à l’idée d’être en retard à la crèche, l’école ou chez le médecin. Je veux aussi qu’avec ces jeunes, on réfléchisse à l’impact environnemental de l’entreprise et qu’on le diminue. Ou qu’on se donne comme projet d’aller construire des puits d’eau potable dans tel pays, ou de scolariser les petites filles et de pouvoir y être professeur pendant X mois ». les idées sont à trouver avec eux, ces jeunes qui, lorsque cela a du sens pour eux, peuvent faire beaucoup !
  • Et puis je peux penser aussi à l’espace de travail que je propose. Le temps ou 100% des collaborateurs étaient en entreprise 100% du temps est terminé. Alors par quoi je remplace cela ? des bureaux plus petits où chacun vient une fois par semaine ? Une réunion d’équipe hebdomadaire, physique, obligatoire et un logiciel « gamifié » d’entreprise virtuelle autrement ? Sans oublier que si le travail à distance, c’est pratique… ça ne l’est pas quand on a des enfants en bas âge, qui courent dans nos jambes, qu’on ne peut pas s’isoler pour se concentrer. Un abonnement à un espace de co-working + à la halte garderie du coin pourrait être une solution aidante.

Bref, ces jeunes nous apprennent à nous réinventer. Ils nous apprennent que l’important n’est pas quelque chose de fixe, et que l’adaptabilité à notre monde est supérieure. Et si tout cela était la clé pour permettre à chacun de vivre mieux l’équilibre « vie familiale / vie professionnelle » ?