Le droit à l’intimité existe-t-il encore ? C’est la question que l’on peut se poser lorsque l’on voit les journalistes et commentaires se déchaîner contre un homme politique qui a trompé sa femme, le forçant ainsi à renoncer à se présenter à la mairie de Paris.

le modèle des adultes :

vivons-nous encore en démocratie ?

Partons donc d’abord des adultes : lorsque l’on choisit d’être un homme ou une femme publique, a-t-on encore droit à une forme d’intimité ? Ce qui se passe chez soi, dans sa chambre, appartient-il aussi à la vie publique ? Cela me fait penser au Maoïsme :  » les cadres poussent la majorité à persécuter une minorité arbitrairement désignée. Au cours des séances publiques, les villageois doivent se lever un à un et dénoncer les «méfaits» du «méchant». Ils doivent tous participer à sa déchéance, à sa déshumanisation et pour finir assister à sa mise à mort. Puis ils vont se partager ses biens, aussi modestes soient-ils – un vêtement, un pot de cuisine… » (de l’historien Frank Dikötter pour le Nouvel Observateur). Est-ce là un modèle d’humanité ? Ce qui arrive aujourd’hui à cet homme politique français ressemble beaucoup à cette histoire : une personne (un héros ?) dénonce ses « méfaits » et tout le peuple attaque… pour une mise à mort politique. Outre le fait que cela ne me semble ni humain, ni démocratique… j’aimerais rappeler qu’il y a des lois en France qui protègent l’intimité : le droit à l’image par exemple. Personne n’a le droit de diffuser votre image sans votre consentement.

le droit à l’intimité :

Parce que pour se construire, chacun a besoin d’avoir un lieu « ressource », où il peut dire ou faire ce qu’il entend, sans que cela ne soit répété ou diffusé. Et si l’intimité des hommes politiques est mise à nue… Nous n’aurons bientôt plus d’Hommes politiques. Et enfin ce qui concerne « le mari, la femme et la maîtresse » a sa place publique sur les scènes de théâtre, lorsque nous allons voir du Mariveau. Mais en politique, en quoi cela nous concerne-t-il ? Cette histoire de tromperie ne concerne à mon sens que trois personnes : le mari, la femme et le maîtresse. Point. Qui peut penser que cet homme politique allait diriger sa ville avec « sa queue » ? (pardon pour le terme, je reprends ce que je lis sur les réseaux sociaux).

Et nos ados ?

y a-t-il encore des espaces « privés »  :

Alors quel lien avec nos enfants ? Les sociologues attirent notre attention depuis plusieurs années « avant, ce qui se passait à l’école, restait à l’école. Les enfants pouvaient se remettre à la maison, dans le cocon familial, reprendre des forces et retourner à l’école. Aujourd’hui internet prive de ce lieu d’intimité qu’était la chambre : tout est montré (surtout par les plus jeunes qui veulent être « likés ») et ce qui est montré devient donc public. Les jeunes ont donc déjà cette difficulté à faire la différence entre vie privée et vie publique. Cependant, en grandissant, ils commencent à comprendre la différence et tentent de se protéger.

vivre ses premiers émois :

Rappelons nous aussi que nous sommes à une époque ou, en matière de séduction, tout est à réinventer : nous avions les boums, les slows… on pouvait facilement se draguer, être dragué. Aujourd’hui il faut trouver d’autres moyens, car nous vivons sous l’injonction « balance ton porc »; (attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je trouve très très bien que la parole se libère et que les femmes victimes puissent enfin parler). Mais quand on a 14 ou 15 ans, comment savoir si on va être taxé de « porc », de « séducteur » ou de « charmant » ? La drague devient difficile et je n’aimerais pas à avoir à vivre mes premiers émois amoureux en 2020. Alors que font les jeunes ? Ils utilisent ce qu’ils maîtrisent, ce qui leur appartient : leur corps, leur image. Qu’ils envoient à leur dulcinée; à leur chéri ou à leur meilleure amie. Grace à leur appareil photo, les réseaux sociaux (en mode privé) ou toute autre technologie qu’ils maîtrisent mieux que nous. Ils ont le droit de le faire. Aucune loi n’interdit d’utiliser sa propre image. La question est : comment celui qui va recevoir cette image va réagir ? S’il est amoureux, il va se réjouir. S’il ne l’est pas, il peut être choqué et peut dénoncer l’envoi de ces images intimes qui viennent violer ses yeux. Mais rien dans ce que font ces jeunes n’est illégal, surtout si celui qui reçoit approuve.

Et en retour ?

Ce qui m’interroge, c’est d’abord : que fait celui qui a reçu cette photo, cette vidéo en retour ? Va-t-il envoyer également une image de lui ? Si oui, c’est que la confiance règne… pour le moment. Et lorsque cette belle histoire d’amour se terminera, peut être que c’est la peur d’une diffusion de ses propres images qui empêchera celui qui souffre, de diffuser les images reçues. ça ne me semble pas génial, mais chacun se sent protégé…. tout en ayant peur. Ou peut être que chacun détruira les images de l’autre, comme nous qui renvoyons les cadeaux reçus à celui qui nous les avait offert, marquant ainsi une fin définitive à la relation.
Mais si « l’autre », celui qui reçoit les images n’en renvoie pas de lui… On peut se demander s’il n’a pas déjà une idée derrière la tête… Et on pourrait alors rajouter au « non respect de la vie privée » l’accusation de préméditation.

l’humiliation intense.

Et puis, un jour l’image intime envoyée est divulguée. Elle est partagée. Tout le monde se retourne contre la victime : « tu es une pu.., une salo… tu n’as que ce que tu mérites ». Et même les adultes réagissent avec des « mais pourquoi as tu envoyé ces images ? Je te l’avais bien dit ! tu es inconséquente ! ». Et que ressent alors la victime : une telle humiliation qu’elle doit disparaître. Et bien souvent, malheureusement, c’est ce qu’elle va tenter de faire : se suicider. Parce qu’elle n’a aucun soutien, et aucune porte de sortie. Est-ce cela que nous voulons pour nos enfants ?

 

ce que nous devrions faire

Parce que nous sommes parents, nous devrions nous rappeler que si nos enfants sont confrontés à cette horreur, ils ont besoin du soutien absolu de leur entourage. Nos paroles devraient être « tu n’as rien fait de mal. Le coupable, c’est celui qui a diffusé tes images, et ceux qui les ont partagés. Nous allons nous battre à tes côtés pour le faire reconnaître (par la justice) ». C’est tout ce qui peut sauver la vie de nos enfants. Et comment ceux-ci nous croiraient-ils si on leur dit cela, et si en parallèle on accuse l’homme politique qui vient de vivre la même chose ? Nos doubles discours « toi tu es victime, mais lui l’a bien cherché » ne sont pas crédibles. Pour sauver la vie de nos enfants, nous devrions avoir une seule parole « cet homme politique est victime de quelque chose d’illégal : le partage d’image privées ; et cela est puni par la loi. Pour ceux qui ont partagé. »